Recherches

De nombreux animaux partagent avec l'espèce humaine la faculté de produire des sons pour communiquer. Comment fonctionnent ces langages et comment ont-ils évolué ? Quelles sont les informations transmises ? Comment les contraintes environnementales et sociales façonnent-elles ces communications acoustiques ? Mes recherches ont pour but de répondre à ces questions en étudiant et comparant les systèmes de communication chez différents animaux, depuis des espèces ayant un système social "simple" (comme certains poissons ou crocodiles) à des espèces au système social complexe (oiseaux, mammifères marins, singes et humains).

Une approche sur le terrain, au plus proche des animaux

Pour comprendre un système de communication (un "langage" animal), il est essentiel d'aller dans la nature, au plus près des animaux sauvages. Une première étape consiste à enregistrer leurs vocalisations tout en comprenant le contexte dans lequel elles sont émises. Ces observations permettent d'établir des hypothèses sur le rôle des signaux sonores et les informations transmises. Une seconde étape demande la mise en place d'expérience de playback (repasse de signaux sonores grâce à un haut-parleur). Il s'agit de poser des questions à l'animal : par exemple, reconnais-tu la voix de ton partenaire, ton voisin, de ton ami ou de ton ennemi? Des traitements informatiques permettent de modifier les caractéristiques acoustiques des sons que l'on envoie. Nous pouvons ainsi comprendre finement comment l'information est codée dans les signaux sonores et décrypter le langage étudié.

Des crocodiles aux bonobos

Chaque espèce animale vit dans son propre monde et a développé au cours de l'évolution un langage singulier. Les vocalisations nombreuses et variées des bonobos ou des hyènes tachetées sont très différentes des cris émis par les crocodiles : leur plus grande complexité est en rapport avec une vie sociale très riche. Cependant les communications acoustiques animales partagent des points communs : l'individu émetteur doit produire un son qui code de l'information; ce signal doit être transmis entre l'individu émetteur et le récepteur malgré les contraintes du milieu de propagation (la végétation va absorber les ondes sonores; le bruit ambiant peut être fort); l'individu récepteur doit décoder l'information du signal pour y réagir correctement. En étudiant et comparant différentes espèces animales, on peut espérer mieux comprendre l'ensemble des mécanismes et l'évolution des langages animaux. Dans mon équipe de recherche nous travaillons sur des poissons (certains produisent des sons), les crocodiles, les oiseaux, et des mammifères (éléphant de mer, hyène, singes). Comprendre leurs langages est un but passionnant !

Et l'espèce humaine ?

Notre langage a atteint une complexité inégalée au sein du Vivant et la question de son origine n'est encore pas résolue. L'étude des vocalisations non parlées (cris) est susceptible de nous aider à comprendre comment notre espèce a pu développer une telle aptitude. Nos travaux sur les pleurs des bébés humains montrent que, très tôt dans la vie, nous maîtrisons le codage d'une information dans nos vocalisations. Les pleurs sont ainsi de bons indicateurs du niveau de stress ressentie par un bébé. Il est également intéressant d'étudier comment les adultes perçoivent les pleurs des bébés. Par des tests d'écoute, nous avons par exemple montré que mères et pères pouvaient reconnaître leur bébé grâce à ses pleurs.

© 2020 Nicolas Mathevon

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